
Télématin / La page des
libraires
Au début de Big, vous vous dites : M… !
Encore un roman sur l’obésité, normal, c’est son premier,
elle se raconte. Faux ! C’est un premier roman d’évidence
totalement imaginaire et qui rompt à jamais avec les éternels
mêmes thèmes chers aux débutants. Bravo Madame !
L’histoire est extraordinaire et terrible. Une femme de 127 kilos, celluliteuse,
poplitée, emplie d’une haine qui la rend « grossière,
agressive » et paranoïaque, aidera pourtant un petit point-virgule
de chômeur terne, poli et sage, ex-cadre dans un bureau d’assurances.
Mais alors, ils vont s’en sortir et s’aimer ? Vous n’y
êtes pas ! Nous sommes en 1997 et nos nouveaux auteurs sont lucides
et moins fleur bleue que nous, et surtout plus exigeants. Dès qu’il
a, grâce à elle, retrouvé un statut de bipède, il
redevient stupide, borné et conventionnel, et elle, magnifique d’absolu
et le cœur exigeant, choisira la cloche…
Ce livre est un choc. Dur ? Enorme ? Grossier ? Bien sûr.
Vulgaire ? Jamais. Vrai ? Toujours, hélas ! Avec une ou
deux-trois scènes de tendresse, de mains tendues, d’amours inoubliables.
La dernière phrase est terrible et c’est, pétrifié,
que vous refermerez ce premier roman car il y a, il y avait, un petit garçon,
Hévé. Je ne suis pas près d’oublier le nom de madame
Valérie Tong Cuong, qui, j’en jurerais, ne doit même pas
peser 50 kilos !
.
Elle
Marianne, 127 kilos, en fait des tonnes dans le genre
flippé. C’est pour ça qu’on l’aime.
C’est la rencontre de deux marginalités, l’une physique,
l’autre sociale. Lorsque Marianne, 127 kilos, tombe sur Georges, un sans-abri,
elle reconnaît en lui un frère dans le désarroi, une âme
sœur dans le malheur. Marianne a un boulot (colleuse d’enveloppes),
un petit garçon qu’elle a confié à des baby-sitters…et
la délicatesse d’un bulldozer. Avec la jeune femme, ça casse
plus souvent que ça ne passe ; Georges, lui, a un passé d’assureur
et de vie bien rangée, mais une rupture sentimentale l’a jeté
sur le pavé. Tous deux cherchent amour et réconfort. Mais solitude
plus solitude égale couple ? Pas si sûr. Si la trame romanesque
se révèle un peu faible, la plus grande réussite du premier
roman de Valérie Tong Cuong reste incontestablement le personnage de
Marianne. Culotté, l’auteur n’hésite pas à
la rendre antipathique, voire repoussante. La tendresse est enrobée de
trop de graisse, la gentillesse de trop de crasse. Pas toujours facile de lui
trouver des excuses. Violente, écorchée, provoque le malaise des
gens qu’elle rencontre comme celui des lecteurs.
Pascale Frey.
Questions de femme
Parce qu’elle pèse cent-vingt-sept kilos
et que son poids la noie dans une solitude dont elle ne voit pas comment en
sortir, Marianne se déteste. Sa vie ? Une course après l’amour
et la reconnaissance, une intense recherche de son image profonde dans le regard
des autres.
Big est le remarquable premier roman d’une jeune femme de 32 ans dont
on devrait entendre beaucoup parler. Un livre noir, moderne et corrosif. En
un mot, réjouissant !
.
Les Echos
Deux femmes au bout du malheur
Elles sont deux (belles) jeunes femmes, l’une française, ancienne
publicitaire, Valérie Tong Cuong, l’autre américaine, professeur
d’université, Sapphire. Elles ont pris, toutes les deux, dans leur
premier roman, pour héroïne deux jeunes femmes qui ne leur ressemblent
pas, marginales, dont elles racontent le voyage au bout du malheur à
la pointe sèche, sans complaisance, et l’on est à la fois
assommé et fasciné.
Big est l’histoire d’une obèse Marianne. 127 kilos, un monument
monstrueux. Un monument, aussi, d’agressivité. Pour résister
aux quolibets incessants et à l’autocompassion (« je
n’ai jamais eu besoin de personne, ou, plus exactement, je me suis fait
une raison depuis longtemps ».. mais « Putain de sensiblerie,
qui peut savoir ce que cela pèse vraiment, 127 kilos de souffrance ?
»). Un jour, parce que, dans la rue, elle est tombée sur Georges,
mince, lui, trop d’ailleurs, l’aide. SDF, ancien cadre au chômage,
il dort dans des cartons et colle des affiches dans la nuit. Elle le rembarre,
mais pense à lui. Et, dans un monde très noir, où personne
ne se fait d’illusions, ils finissent par faire un bout de chemin ensemble.
Mais Marianne ne peut s’empêcher de déraper. Elle a déjà
rebuté sa seule amie, une copine d’orphelinat, en qui elle voit
d’ailleurs une rivale, et qui pourtant lui gardait gentiment son bébé
sans père dont elle s’occupe si mal. Elle perdra tout, Marianne,
en allant au bout de sa paranoïa, en allant jusqu’au bout de son
processus d’autodestruction. Mais elle existe –tout comme Georges-
et pas du tout comme caricature. Sinistre ? Oui. Mais en même temps drôle,
et forte, cette course au naufrage contée par une plume trempée
dans le vitriol décrit aussi un monde… sans pitié :
le nôtre ! (…).
Annie Coperman.
Le Nouvel Observateur
L’héroïne du premier roman de Valérie
Tong Cuon, Marianne, a la peau flasque et le kilo en trop ; il n’est
pas jusqu’à ses seins qui se perdent dans la totalité du
reste. On dirait un gros tas, pour être populaire, si le débordement
de son fessier et l’immodestie de ses grâces ne forçaient
l’admiration tout en imposant le respect.
Un boudin, un clodo, et tout le théâtre de la violence urbaine :
de quoi vous rendre nostalgique de ces temps où l’on savait apprécier
l’opulence et les rondeurs.
DJ.
Femina Hebdo
Pour Valérie Tong Cuong, ce coup d’essai
se révèle un coup de maître.
Dans son roman, « Big », la très mince Valérie
Tong Cuong décrit les affres d’une femme obèse. Une fiction
qui a beaucoup touché Anne Zamberlan.
Mal dans sa tête, mal dans son cœur, mal dans sa peau, Marianne,
l’héroïne de Big, traîne sa carcasse comme un boulet.
Et quel boulet : 127 kilos de chairs « tombantes »,
de seins « lourds et gras ». Marianne porte son poids
comme un fardeau et doit affronter le regard des autres : méprisant,
pervers ou pire, apitoyé... Personne ne lui pardonne sa différence.
Alors, pour tenter d’oublier le monde et les autres, Marianne, la féroce,
va crever à petit feu et s’enfoncer dans la nuit… Ce roman
en dit long sur le racisme ordinaire. Celui réservé à tous
ceux qui ne se fondent pas dans le moule : les « trop gros »,
les « pas beaux »…
Avec brio et sensibilité, Valérie Tong Cuong nous entraîne
dans les méandres de l’âme humaine. Big est un premier roman
magnifique, à dévorer d’urgence pour bannir de notre vocabulaire
le mot « intolérance ».
Isabelle Pelletier.